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Scénarios catastrophe mai 30, 2008

Posted by Charles reny in pollution.
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Cet article provient d’un autre Blog, mais je me rappel plus l’auteur:

Tout le monde dit qu’il y a encore assez de réserves pour 40 ou 50 ans. Qu’en est-il en réalité?

La réponse à cette question dépend en fait de la personne à laquelle on la pose. Pour de nombreux économistes, il n’y a pas vraiment de problème fondamental. Bien sûr, des prix élevés sont mauvais pour l’économie, mais ils permettront d’exploiter des gisements qui ne sont pas rentables pour l’instant et ils stimuleront la recherche dans des sources d’énergie alternative. Certains pensent même que les ressources sont virtuellement illimitées, et que la recherche et la loi du marché sont capables de faire croître les réserves plus rapidement que les dépenses. Ces économistes sont si nombreux qu’on leur a même donné un nom : on les appelle les « économistes de la Terre plate ». Pour ces personnes, la loi du marché est une vraie loi, au même niveau que les lois de la physique, et elle est capable de résoudre à elle seule tous les problèmes que peut rencontrer la société. Ils pensent que l’énergie à la même valeur que les différentes matières premières, alors quelle
est en fait la condition nécessaire à l’obtention d’autres ressources (y compris l’énergie elle même). Ils pensent que l’économie « crée des richesses », alors qu’elle ne fait que transformer les matières premières et que, sans énergie, il n’y a tout simplement plus
d’économie.

Quand des économistes discourent à la télé et qu’entre deux sujets (le chômage, le prix des matières premières, etc), ils évoquent les difficultés que font peser sur l’économie les prix du pétrôle, ils ont tout faux. Le pétrole n’est pas un problème.

Le pétrole est LE problème.

Et puis… Il y a les autres. Il y a les géologues, bien sûr, mais également les techniciens qui exploitent les champs pétrolifères, les mains dans le cambouis. Ils ont une vision très différente de la vision rose bonbon que je viens de vous présenter.

1. Le Pic de Hubbert

Tout d’abord, soulignons que la prévision classique « il reste assez de pétrole pour tant d’années » est faite en supposant que la consommation reste constante. Malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Ces dernières années, de nouveaux très gros consommateurs (la chine et l’inde pour l’essentiel) sont apparus sur le marché et consomment autant qu’ils le peuvent. Ceci étant dit, poursuivons.

Comme toutes les ressources finies, la production de pétrole a commencé et finira à zéro. Entre ces deux extrêmes, la production passe nécessairement par un maximum. On appelle ce maximum le « pic de Hubbert », du nom du géologue qui l’a calculé le premier. Il se produit approximativement quand la moitié du pétrole disponible a été extraite,
et tout laisse à penser que ce pic est imminent.

En 1956, le géologue King Hubbert a prédit que la production de pétrole aux USA atteindrait son maximum aux alentours de 1970 avant de commencer à décroître. Evidemment, tout le monde l’a ridiculisé. Et pourtant, il avait raison et, depuis 1971, la production de brut aux USA ne cesse de baisser. Bien sûr, ce phénomène n’est pas propre à ce pays mais commun à toutes les régions productrices. Seule la date diffère. A l’heure actuelle, la plupart des pays ont atteint ou dépassé leur pic de production. Les seuls pays ne l’ayant pas encore atteint sont au moyen-orient.

Maintenant il est évident que, si l’on considère la production mondiale dans son ensemble, le même phénomène doit se produire. Selon le site de l’ASPO, la date la plus probable est 2010… C’est plutôt proche, non ?

A ce point de notre raisonnement, quelques remarques s’imposent :

– Le gouvernement Américain actuel rassemble beaucoup de membres de l’industrie pétrolière. Il est très probable que leur invasion de l’Irak ait été planifiée en prévision du « peak oil ».
– Pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie (pompes, etc), et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril. C’est un concept que
les économistes de le Terre plate ont beaucoup de mal à comprendre… De nombreuses réserves d’hydrocarbures fossiles sont donc « hors de portée » et ne seront jamais utilisées sauf, peut être, comme source de matières premières.

Quelques liens pour vous faire votre propre opinion :

et il y en a bien d’autres.

2. Les conséquences

Quelles seront les conséquences ? Immenses. Une fois le pic atteint, la production ne peut que chuter, ce qui signifie une explosion des prix. Actuellement, on a une crise pétrolière si la production est inférieure même d’un demi pour cent à la demande, mais cette crise sera bien plus sévère ! Bien sûr, il restera encore du pétrole pour quelques années, mais il sera cher. Très cher. Et les prix ne feront que monter…

Plus concrètement, l’explosion des prix du brut signifie, entre autre joyeusetés :

– La fin de la globalisation
Plus personne n’ira faire fabriquer des T-shirts à 10 centimes la douzaine à l’autre bout du monde si le prix du pétrole atteint des sommets. Evidemment, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, car ces emplois pourraient retourner chez nous. Toutefois, cela signifie
également un bouleversement immense de l’économie qui aura le plus grand mal à s’adapter. Cela signifie aussi que nombre de produits redeviendront, comme autrefois, des produits de luxe (par exemple, les bananes et le cacao pour les européens).

– La fin de l’industrie aéronautique.
Cette industrie est extrêmement sensible au prix du pétrole. Dans un premier temps ils pourront survivre en augmentant leurs tarifs mais, passé un certain niveau, l’inévitable envolée du brut signera leur perte. Au tout début le l’aviation, le passage d’un avion poussait les foules, éberluées, à interrompre leurs occupations et à pousser des
cris de joie tandis qu’ils désignaient de leur doigt l’appareil à leurs voisins. Ils se pourrait bien que, dans un futur proche, un phénomène similaire se produise à nouveau.

Regarde! Ça alors, un avion ! Ça doit bien faire dix ans que j’en ai pas vu un !

– La fin du tourisme international
Si vous voulez un jour faire le tour du monde, il vaut peut être mieux partir maintenant. Par ailleurs, faut-il vraiment que je vous rappelle que l’industrie touristique est une des premières industries mondiales et une source importante de devises ?

– D’immenses bouleversements dans notre mode de vie
Certains aspects de notre mode de vie devont être révisés entièrement. Un exemple parmi d’autres est celui des grandes mégalopoles qui ont été bâties après la découverte du pétrole. Elles ont été conçues en intégrant l’automobile depuis le début et deviendront en grande partie inhabitables.

– La fin de la croissance
La croissance, ce n’est pas uniquement plus de biens produits, c’est également plus de matières premières et plus d’énergie consommées. Une diminution de la production globale de pétrole n’a qu’une seule issue :
la décroissance, que cela nous plaise ou pas.
– Un crash boursier global
La bourse dépend entièrement de la croissance et les investisseurs viennent pour gagner de l’argent, pas pour en perdre. Peu de temps après le crash, la bourse fermera, « provisoirement » bien sûr, juste le temps que le marché se rétablisse. Il ne se rétablira pas.

– Un crash du dollar
C’est un point presque anecdotique par rapport à la situation qui affectera toute la planète (même si cet évènement pourrait bien être le premier à se manifester, voire même le déclencheur) mais il mérite d’être souligné. Pour résumer, les USA ont réussi depuis la dernière guerre mondiale à imposer le Dollar comme monaie d’échange pour le pétrole. En conséquence, tous les pays souhaitant en importer doivent emprunter des Dollars, soutenant ainsi de façon artificielle cette devise. Dans la pratique, cela signifie que les USA peuvent ainsi se permettre un déficit commercial considérable sans conséquence immédiate. En contrepartie, si ce système s’arrête, ils seront les tous premiers à en souffrir.

– Et évidemment, un chômage explosif, des émeutes, etc, etc.
Enfin, ce n’est pas tout. La fameuse « révolution verte » a été rendue possible par le pétrole. Le pétrole sert à fabriquer les engrais et les insecticides indispensables à l’agriculture moderne. Sans lui, les rendements s’effondrent. Conclusion : la population actuelle (plus de 6 milliards) ne pourra plus être nourrie en entier. Il est fort possible
que plusieurs milliards d’humains meurent de faim dans un futur proche…

Si vous voulez un aperçu de ce qui risque de nous arriver, vous n’avez qu’à regarder la situation en Corée du nord pour voir ce qui se passe quand il n’y a plus d’engrais ni d’essence pour les machines agricoles. Heureusement, tout n’est pas encore perdu puisque un peu d’aide humanitaire parvient encore à ce pays.

Grâce au pétrole.

3. En conclusion

Sachant :

– Que les derniers champs géants de pétrole ont été découverts dans les années 1960

– Que les champs géants d’Arabie Saoudite sont vieux de 60 ans, et devraient bientôt commencer à décliner

– Que les réserves des pays membres de l’OPEC ont été artificiellement gonflées dans les années 1980 suite à la « guerre des quotas » qui favorisait les pays possédant les plus grandes réserves, et que les réserves véritables sont donc inférieures à celles officiellement annoncées

– Qu’il faut trouver le pétrole avant de le consommer et que, depuis 1980, la consommation dépasse les réserves découvertes (nous dépensons actuellement quatre barils de pétrole pour chaque baril découvert)
– Que la fusion nucléaire ne sera pas maîtrisée avant une cinquantaine d’années au moins et que la fameuse « fusion froide » reste très hypothétique

– Que le gaz naturel commence déjà à manquer en Amérique du nord
– Que la plupart des énergies alternatives sont, en partie, rendues viables grâce à l’existence d’un pétrole bon marché (par exemple, il faut beaucoup d’énergie pour extraire le charbon et acheminer le minerai)

– Que le prix actuel du baril de brut a recemment frôlé les 80 $

Je pense qu’il est temps de s’inquiéter sérieusement. Après tout, la crise de 1929 et les deux derniers chocs pétroliers n’étaient pas des évènements particulièrement joyeux. Il y a naturellement quelques optimistes qui prétendent que la situation est totalement différente, et que nous n’avons rien à craindre avant une quinzaine d’années supplémentaires (ce qui nous amène aux alentours de 2023). Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, si la seule différence entre les pessimistes (ou plutôt les réalistes) et les optimistes est une misérable quinzaine d’années, c’est plutôt inquiétant.

Pour ceux qui seraient encore sceptiques, rappelez-vous les grèves des routiers (et des pêcheurs, mais on en a moins parlé et ils étaient plus faciles à ignorer). Le pays a été paralysé parce que le prix (hors taxes !) du pétrole était trop élevé. On parle ici de centimes. Imaginez ce qu’un prix à la pompe doublé, triplé, voire plus, engendrera ! Il suffit de moins d’une semaine pour que les produits frais commencent à manquer en magasin. Notez également que pendant la dernière grève des routiers en Grande Bretagne, les opérations chirurgicales non urgentes ont été annulées…

Au risque de vous surprendre, le pic de Hubbert a déjà eu des conséquences. Le pic global ne s’est, à priori, pas encore manifesté, mais les pics locaux qu’ont connus les pays producteurs ont eu au moins deux conséquences très intéressantes :

– Les USA ont connu leur pic de production en 1970. A peine trois ans plus tard, en 1973, les pays de l’OPEC se sentaient suffisament en position de force pour relever leurs tarifs, conduisant ainsi au premier choc pétrolier. Bien sûr, cette crise était politique. Néanmoins, elle ne se serait jamais produite si la géologie n’avait pas déjà limité la production des USA. De ce point de vue, cette crise était une répétition de ce qui nous attend. (La production hors du moyen-orient s’épuise plus vite, de sorte que, dans le futur, la production se concentrera de plus en plus dans cette région)

– L’ancienne URSS a connu son pic de production en 1987. Quatre ans plus tard, elle s’effondrait complètement. Bien sûr, on peut toujours dire que le communisme était inadapté et a fini par capituler devant le capitalisme triomphant. C’est peut être le cas, mais ce système a quand même tenu soixante-dix ans avant de s’en apercevoir.

Une dernière remarque pour finir. Les biocarburants ne sont pas non plus la panacée. Ces plantes ont aussi besoin d’engrais et de pesticides, et il faut donc du pétrole pour avoir un rendement suffisant. En outre, si l’on voulait faire rouler toutes les voitures
au carburant vert, il faudrait une surface cultivable(*) supérieure à celle dévolue actuellement aux cultures agricoles(**) !

(*) Une possibilité alternative serait de cultiver ces plantes directement dans l’océan. Il y avait un article sur le sujet sur Slashdot, et vous pouvez aussi lire mon article sur le sujet.

(**) Et ce problème n’est pas nouveau. À l’age d’or du cheval, en Angleterre, vers 1900, une part considérable de la production agricole était destinéee aux chevaux. Que l’on voyage en voiture ou en cheval, la problématique énergétique est la même : Si on veut de l’énergie pour se déplacer, il en reste moins pour se nourrir. Le pétrole a permis pendant des decennies de faire les deux, mais il faudra bientôt choisir.

_________________

Note :

Cet article a été écrit en août 2004 et il était donc temps de le mettre à jour. Les deux points ayant été actualisés sont :

  • Le prix record du baril, qui a récemment frôlé les 80$
  • La date du pic qui a été « repoussée » à 2010 (prévision ASPO).

Cette dernière décision fera certainement ricaner tous ceux qui estiment que la date du pic est continuellement repoussée depuis qu’on en parle. Rappelons simplement que la date du pic n’est pas fixée à l’avance, et qu’on ne la connaîtra avec une absolue certitude qu’une fois dépassée.

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